Thyroïde et diabète de type 1 : un train peut en cacher un autre

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Les maladies de la thyroïde, majoritairement d’origine auto-immune, concernent en moyenne 30% des patients diabétiques de type 1. Elles se développent souvent de façon silencieuse d’où la nécessité d’une surveillance accrue et d’un dépistage régulier pour permettre une prise en charge précoce. Le point avec le Dr Edouard Ghanassia, endocrinologue et diabétologue, à Sète.

Pourquoi est-il important de surveiller la thyroïde chez les DT1 ?

Dr Edouard Ghanassia : La glande thyroïde produit des hormones régulant de nombreuses fonctions dans l’organisme (croissance, température corporelle, digestion, poids, humeur…). Ses principales causes de dérèglement sont d’origine auto-immunes. En effet, tout comme le pancréas dans le cas du diabète de type 1 (DT1), la thyroïde peut être altérée par des anticorps produits par le système immunitaire. Les patients DT1, qui ont déjà une tendance à cette auto-immunité, ont donc plus de risque de développer des maladies auto-immunes telles que la maladie cœliaque, le vitiligo ou la maladie d’Addison qui touche les glandes surrénales. Non prises en charge, les atteintes de la thyroïde constituent, à long terme, l’équivalent d’un véritable facteur de risque cardiovasculaire et elles peuvent provoquer des troubles graves et irréversibles du développement chez le fœtus pendant la grossesse. C’est la raison pour laquelle les endocrino-diabétologues et les médecins traitant proposent régulièrement à leurs patients des dosages de TSH (Thydroïd Stimulating Hormone) parfois complétés par des dosages d’anticorps.

Quelles sont ces maladies et comment se manifestent-elles ?

Dr Edouard Ghanassia : La maladie la plus fréquente est la thyroïdite auto-immune, parfois appelée thyroïdite de Hashimoto lorsqu’il existe un goitre (augmentation du volume de la thyroïde). Dans ce cas, la destruction des cellules par l’immunité entraîne une baisse de la sécrétion des hormones thyroïdiennes. Cette maladie survient progressivement et silencieusement, d’où l’intérêt de la dépister précocement. Des dosages de TSH élevés (> 4) observés à deux ou trois reprises, traduisent souvent un dérèglement qui sera investigué par l’endocrino-diabétologue pour juger de l’opportunité d’un traitement. 

Dépistée plus tardivement, elle se manifeste par des symptômes variés tels que fatigue, douleurs musculaires, petite prise de poids, constipation, retard de croissance chez les enfants et apparition d’un goitre.

Plus rarement, les anticorps stimulent l’activité de la thyroïde. Il s’agit alors de la maladie de Basedow, cause la plus fréquente d’hyperthyroïdie. Parfois associée à un goitre, un gonflement des yeux, une perte de poids, des palpitations, des sautes d’humeur ou des diarrhées, cette maladie accélère le métabolisme et augmente la glycémie. L’hyperthyroïdie peut donc parfois expliquer un déséquilibre du diabète dont on ne comprendrait pas l’origine.

Peut-on prévenir ces maladies et quels sont les traitements ?

Dr Edouard Ghanassia : Il n’existe pas de traitement préventif pour ces maladies, qui peuvent survenir à tout âge, mais leur prise en charge est très efficace. 

En cas d’hypothyroïdie, il s’agira de remplacer l’hormone manquante : la L-thyroxine (exactement comme l’insuline dans le diabète) qui se présente sous la forme d’un comprimé par jour (le matin à jeun ou au coucher). La surveillance repose ensuite sur l’état clinique et le dosage de la TSH. Lorsque tout est équilibré, une surveillance annuelle est suffisante.  

En cas d’hyperthyroïdie, moins fréquente, la prise d’antithyroïdiens permettra de ralentir la fabrication des hormones thyroïdiennes pour rétablir un fonctionnement normal.

 

Comme le diabète et les troubles de la thyroïde, la maladie cœliaque est elle aussi une maladie auto-immune. Découvrez-en plus dans notre article dédié.