Diabète et travail en horaires décalés : attention aux effets sur la santé !

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On l’a tous déjà ressenti après une nuit blanche ou un long voyage : le décalage horaire perturbe le fonctionnement de notre corps. Sommeil, alimentation, nos rythmes ne sont plus les mêmes. Pourtant, ceux qui travaillent en horaires décalés doivent faire face à ces changements de manière permanente. Mais est-ce anodin pour la santé ? Nous avons demandé à David Jacobi, professeur en nutrition, de nous éclairer sur les conséquences possibles de ces modifications de rythmes sur notre corps. 

Quel est l’importance des rythmes pour la santé humaine ?

Le corps humain est une formidable machine qui se base sur différents rythmes pour fonctionner :

  • Le rythme circadien est un cycle biologique d’environ 24 heures qui correspond à l’alternance des phases de sommeil et d’éveil. Le fonctionnement de l’organisme est soumis à ces rythmes quotidiens qui sont essentiellement synchronisés par la lumière du jour. En effet, pour que le corps puissent accomplir l’ensemble de ces fonctions (division des cellules, réparation de l’ADN, contrôle de la température corporelle…) il faut qu’elles se déroulent au bon moment du jour ou de la nuit.
  • Les rythmes alimentaires, eux, font alterner les périodes de jeûne et de prise alimentaire. Les organes utilisent de l’énergie pour fonctionner correctement. Certains comme le foie et le pancréas sont dits métaboliquement actifs notamment parce que leur fonctionnement est directement lié à la prise alimentaire. Le foie, par exemple, joue un rôle pivot dans la régulation métabolique, notamment en maintenant un niveau optimum de glucose dans le sang. Or, en sachant que celui-ci met environ une semaine à s’adapter à un nouveau rythme, on comprend mieux l’importance de maintenir des rythmes alimentaires réguliers. 

Quel est l’impact d’un changement dans ces rythmes  alimentaires?  

Des études réalisées sur les modèles animaux ont montré qu’il est néfaste d’avoir des prises alimentaires la nuit. En effet, les animaux nourris lors de la période « nocturne » développent plus de maladies métaboliques : modification du poids corporel (diminution ou surpoids) et maladies cardiovasculaires. Chez l’Homme, qui est un animal diurne, les conclusions sont identiques. Le fait de s’alimenter sur une large période de la journée, va avoir pour conséquences de désynchroniser les horloges métaboliques permettant au corps de se réguler. Cette asynchronie peut avoir des effets délétères sur la santé comme notamment favoriser l’insulinorésistance, responsable du diabète.

Y’a-t-il donc un effet négatif du travail en horaires décalés sur la santé ?

On estime qu’en France, environ 20% des personnes qui travaillent le font en horaires décalés. Cela peut alterner un rythme jour/nuit dans une même semaine ou par exemple sous forme de rotation en système “2/8” : on travaille une semaine le matin et une semaine le soir. Quoi qu’il en soit, le décalage horaire est permanent. Un rapport de l’Agence nationale de  sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail * (ANSES) a montré qu’il existait une relation significative entre la durée de travail de nuit et le risque de diabète de type 2, notamment chez les travailleurs alternants. Ce rapport met en cause les effets de la perturbation circadienne et de la restriction du sommeil sur l’insulino-résistance. En fait, on observe une altération du métabolisme du glucose, ainsi que de la sensibilité à l’insuline. En revanche, il n’existe à l’heure actuelle pas de données spécifiques sur le diabète de type 1. Ce rapport montre que le travail de nuit favorise également d’autres troubles ou maladies, comme une augmentation importante de l’Indice de masse corporelle IMC (en particulier chez les femmes), des anomalies du taux de cholestérol aussi bien HDL que LDL (dyslipidémies) ou encore un syndrome métabolique (présence de troubles gluco-lipidiques, obésité, hypertension). Il faut savoir que ces troubles sont par ailleurs des facteurs de risque de développer un diabète par la suite. Il est donc préconisé d’adapter la surveillance médicale des personnes travaillant de nuit pour limiter les effets négatifs de l’activité professionnelle décalée sur la santé. 


*Rapport de l’ANSES sur l’évaluation des risques sanitaires liés au travail de nuit, juin 2016 : https://www.anses.fr/fr/system/files/AP2011SA0088Ra.pdf

 

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